jeudi 14 août 2014

Du recueil du consentement éclairé

Il y a peu, je me suis rappelée d'une phrase que j'ai employée régulièrement durant ma carrière professionnelle, que ce soit étudiante ou plus tard en tant que sage-femme diplômée.

"Si c'est une décision médicale, vous n'aurez pas votre mot à dire."

Je me revois très bien dire cela en cours de préparation à la naissance, notamment lorsqu'on évoquait la césarienne ou l'épisiotomie. Je me rappelle très bien du contexte : les femmes assises sur leur tapis, moi sur la chaise ou plus souvent sur un tapis face à elle, leur expliquant que c'était des gestes que l'on ne pratiquait qu'en cas d'extrême nécessité. 
Pour l'épisiotomie, je leur expliquais la politique de la maison, à savoir qu'elle n'était pratiquée que si cela nous paraissait obligatoire : "si nous nous posons la question de savoir s'il en faut une, nous ne coupons pas. Nous ne le faisons que si nous ne posons même pas la question." Et d'expliquer ensuite qu'il s'agissait généralement de cas de nécessité d'extraction rapide de l'enfant ou de périnée tellement tonique que rien ne pourrait l'assouplir. Et je terminais par cette phrase : "Si c'est une décision médicale, vous n'aurez pas votre mot à dire."
Pour la césarienne, j'essayais de les préparer à la situation d'urgence, celle qui fait que parfois - souvent - on n'a pas/ne prend pas le temps d'expliquer à la femme ce qui se passe.  Je leur disais bien que dans la plupart des cas, une césarienne ne se décidait pas dans la minute et que l'on pouvait comprendre au cours du travail si une césarienne serait nécessaire ou pas. Mais je ne leur cachais pas que parfois, en cas d'urgence vitale, la césarienne pouvait arriver sans qu'aucun signe ne l'ait laissé présager. J'insistais bien sur le fait qu'après, elles ne devaient pas hésiter à en parler avec le personnel médical, afin qu'elles comprennent réellement ce qui c'était passé et pourquoi une telle décision avait été prise. Et évidemment, je terminais par un : "Si c'est une décision médicale, vous n'aurez pas votre mot à dire."

A l'époque, je me pensais une sage-femme bienveillante, bientraitante, totalement respectueuse de mes patientes. 

Aujourd'hui, je me rends compte que j'avais complètement occulté une notion : celle du consentement éclairé. A aucun moment, je ne disais aux femmes qu'elles pouvaient refuser ces actes. Oui, même une césarienne.  

Deux articles de loi mettent pourtant cette notion de consentement en lumière.

Art R 4127-36 du Code de santé publique : « Le consentement de la personne examinée ou soignée doit être recherché dans tous les cas. Lorsque le malade, en état d’exprimer sa volonté, refuse les investigations ou le traitement proposés, le médecin doit respecter ce refus après avoir informé le malade de ses conséquences. Si le malade est hors d’état d’exprimer sa volonté, le médecin ne peut intervenir sans que ses proches aient été prévenus et informés, sauf urgence ou impossibilité ». 

«LOI n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé Art. L. 1111-4. - Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé.
« Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix. Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre un traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en oeuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables.
« Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment.
« Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, aucune intervention ou investigation ne peut être réalisée, sauf urgence ou impossibilité, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6, ou la famille, ou à défaut, un de ses proches ait été consulté.
« Le consentement du mineur ou du majeur sous tutelle doit être systématiquement recherché s'il est apte à exprimer sa volonté et à participer à la décision. Dans le cas où le refus d'un traitement par la personne titulaire de l'autorité parentale ou par le tuteur risque d'entraîner des conséquences graves pour la santé du mineur ou du majeur sous tutelle, le médecin délivre les soins indispensables.
« L'examen d'une personne malade dans le cadre d'un enseignement clinique requiert son consentement préalable. Les étudiants qui reçoivent cet enseignement doivent être au préalable informés de la nécessité de respecter les droits des malades énoncés au présent titre.
« Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions particulières relatives au consentement de la personne pour certaines catégories de soins ou d'interventions.

  
Et Dieu sait que j'ai bouffé du droit en dernière année d'école de sages-femmes. Alors, pourquoi cela ne paraissait-il pas anormal de ne pas l'évoquer, de ne même carrément pas y penser ? Pourquoi cela me paraissait-il tellement normal que, sous prétexte qu'un médecin ou une sage-femme avait posé une indication médicale, la patiente n'avait pas son mot à dire ?

Quand j'y repense, je suis atterrée.  Mais je sais qu'aujourd'hui, jamais je ne tiendrai un tel discours. Cela me console. Un peu. 

Mais cela me consolerait beaucoup si je savais ne pas être la seule à avoir pensé comme ça, à continuer à penser comme cela. 

Lorsque la polémique sur le "point du mari" était au plus fort, de nombreux débats, fort intéressants au demeurant, ont eu lieu entre sages-femmes, grâce aux réseaux sociaux. Et cela a mis en lumière nos différences d'opinion sur ce sujet du consentement. Tous et toutes, nous sommes tombés d'accord sur le fait que cette notion était primordiale et qu'elle devait toujours être respectée. Mais, oui, mais, nombre d'entre nous ont toutefois affirmé qu'il y avait des moments où ce recueil était impossible : notamment dans le cas de l'épisiotomie. "Mais comment voudriez-vous que nous prenions cinq minutes pour expliquer les avantages et les inconvénients de ce geste lorsqu'il faut sortir l'enfant ?" Oui, certes. N'empêche. 
Je ne vais pas rentrer dans la discussion sur "pour ou contre l'épisiotomie" car ce n'est pas le cœur de ce billet mais bien insister sur ce que cela laisse entrevoir : le recueil du consentement, même s'il parait une évidence, n'est finalement pas si facile que ça à accepter pour certains d'entre nous. Alors que tous et toutes nous savons qu'il est un préalable obligatoire à tout geste médical. 

Il semblerait qu'il y ait dans l'esprit des soignants une hiérarchisation des soins qui permettent de remettre en cause ce consentement. 
Demander un consentement pour rompre une poche des eaux est très facilement envisageable. Pour autant, qu'une femme refuse la pose d'une voie veineuse est déjà plus problématique. Idem pour l’administration de syntocinon. Et nous ne touchons pas encore aux actes vitaux comme une césarienne ou une épisiotomie pour détresse fœtale. Dans ces cas-là, cela parait tout bonnement inenvisageable. C'est pourtant en totale contradiction avec les textes de loi : "Si la volonté de la personne de refuser ou d'interrompre un traitement met sa vie en danger, le médecin doit tout mettre en oeuvre pour la convaincre d'accepter les soins indispensables.
« Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment."
Les textes sont clairs, on parle de tout faire pour convaincre la personne mais pour autant, son consentement reste primordial.

Alors pourquoi ?

Parce qu'aucun d'entre nous ne peut s'imaginer dans la situation de voir mourir une femme ou un enfant sans rien faire pour l'empêcher ? Parce qu'aucun d'entre nous ne peut imaginer que le consentement d'une femme soit prioritaire à la survie de son enfant à naitre ? Parce que nous sommes tiraillés entre deux être humains à sauver ?
Parce qu'aucun d'entre nous ne peut imaginer que ce qui nous parait juste ne le soit pas réellement ? 
Parce qu'aucun d'entre nous ne peut imaginer que notre décision soit remise en doute par quelqu'un d'autre, à fortiori quelqu'un qui n'ait aucune notion médicale ? 
Parce qu'aucun d'entre nous ne peut imaginer que...

De nombreuses raisons peuvent être invoquées, qui ont probablement toutes une part dans notre inconscient personnel et/ou collectif. Que ce soit au niveau de l'impuissance à laquelle cela nous oblige, de l'image toute-puissante que cela écorne, des raisons même pour lesquelles nous avons entrepris des études de médecine. Cette notion du respect du consentement me semble dépasser le simple cadre de la loi et toucher plus à notre identité profonde qu'autre chose. 

Le problème évidemment est que ce qui, finalement, devait être traité par une réflexion personnelle, va empiéter sur les droits de quelqu'un d'autre, avec toutes les conséquences que cela peut avoir, que ce soit d'un point de vue juridique, médical, éthique, psychologique... Il suffit de penser à toutes ces femmes qui font des dépressions du post-partum alors que leur accouchement a été plus que normal du point de vue du personnel médical. Il y a pourtant bien une raison. 

Il est temps que les professionnels de santé se penchent réellement sur cette notion du consentement, sur ce que cela évoque en eux, afin de se mettre en adéquation avec la loi et les volontés de leurs patients. 


Quelques articles pour continuer la réflexion : 

mercredi 18 juin 2014

De l'(a)normalité

La semaine dernière, j'ai pu assister à une séance en version longue du film « Entre leurs mains », ce film magnifique sur l'accouchement à domicile et plus généralement l'accouchement physiologique. Ce fut une expérience très enrichissante pour moi, d'abord eu égard à la qualité du film évidemment mais également de par les personnes qui m'entouraient. En effet, je me suis retrouvée le temps d'une soirée entourée quasi uniquement de femmes qui avaient accouché à domicile (ou étaient sur le point de le faire). Moi qui ai plus l'habitude de fréquenter les femmes en milieu hospitalier, j'avais l'impression d'être E.T. tout d'un coup.

Après cette soirée, me retrouver plongée de nouveau dans la « normalité » de l'hypermédicalisation vue et revue sur les réseaux sociaux a été comme une gifle pour moi. Comment les femmes peuvent-elles se scinder en deux groupes si distincts et opposés ???

Peut-être parce que certaines se sont laissées portées par le poids des « transmissions », de ce qui est nous est raconté par nos mères, notre culture et nos réseaux sociaux, quand d'autres ont appris à s'en libérer ?

En effet, s'il y a une chose qui nous « poursuit » depuis la nuit des temps, c'est bien une vision doloriste et dangereuse de l'accouchement.
Notre berceau judéo-chrétien nous a appris que toute naissance était une souffrance (le fameux "tu enfanteras dans la douleur" de la Genèse) ; les femmes ont également longtemps vécu l'enfantement comme leur guerre personnelle (celle à laquelle on est fière d'avoir survécu) ; d'autres le vivaient comme le prix à payer pour avoir un enfant en bonne santé... Beaucoup de notions qui ont concouru à faire perdurer cette image doloriste de l'accouchement. L'anesthésie est ensuite arrivée et, si elle a permis de supprimer la douleur, elle n'a pour autant pas fait disparaître la crainte de la douleur. Au contraire, l'anesthésie en se rendant indispensable pour ne pas succomber à la douleur n'a fait que renforcer cette image d'une douleur insurmontable. La « transmission » était donc celle d'un phénomène horriblement douloureux.
Et qui peut tuer. Les récits de femmes mortes en couche sont légion et dans l'esprit des femmes, la peur de mourir en donnant la vie est profondément ancrée.
S'est ajouté à cela une vision différente de l'enfant. Longtemps, lorsque la planification des naissances n'existait pas, l'enfant était vu comme une force de travail, un soutien pour la vieillesse. Il mourait facilement en couche ou dans les premières années mais pouvait « aisément » être remplacé par les enfants suivants. Avec la contraception est arrivée la notion d'enfant désiré, enfant voulu et aimé avant même sa naissance. Sa mort au cours de l'accouchement devenait donc inconcevable, inenvisageable, angoisse devenue insupportable.
Beaucoup de femmes d'aujourd'hui portent donc en elles cette double vision de l'accouchement : un événement douloureusement insurmontable et pouvant à tout moment entraîner la mort de leur enfant ou d'elle-même. Voici la transmission de la naissance aujourd'hui, profondément ancrée dans le cœur des femmes, celle que nous rencontrons si souvent, celle qui nous est racontée par nos grands-mères et mères, celle qui est reprise dans les différentes émissions de télé-réalité ou de fictions, dans les billets humoristiques des blogueurs, dans les sketch des humoristes. C'est également celle qui est transmise par le milieu médical d'aujourd'hui.
Et c'est parce que les femmes aujourd'hui n'ont que ces images en tête, que parce que le milieu médical vient enrichir leurs angoisses en hypermédicalisant, en n'insistant que sur les risques et non les bénéfices, que désormais, la « normalité » semble du côté de la médicalisation.


Mais alors, comment expliquer cette scission dans la population des parturientes ? Comment expliquer cette angoisse sous-jacente dans un groupe quand au contraire, d'autres femmes vivent cette étape de la naissance dans la sérénité, sans crainte et sans penser nécessiter cette médicalisation de la naissance ?


Peut-être parce qu'elles n'ont pas oublié une chose : il y a au milieu de tout ça une variable, ou plutôt devrais-je dire une invariable, c'est l'accouchement en lui-même. Sa mécanique n'a pas changé au cours des millénaires. Il s'agit toujours de l'expulsion d'un enfant du corps de sa mère, expulsion mise en œuvre par différents jeux d'hormones et de contractions musculaires, expulsion qui nécessite une part active de la mère qui se mobilise pour ouvrir un chemin à son enfant, ainsi qu'une part passive de l'enfant qui va se laisser guider par ces différents mouvements pour accomplir son voyage dans le bassin maternel.
Elles ont également dépassé cette notion de peur, de douleur, pour en faire une alliée, non plus une punition mais un signal de l'avancée du miracle qui est en train de se dérouler dans leur corps.
Elles ont appris que si la mort veillait, elle n'était pas la seule et que les sages-femmes étaient là pour lui barrer la route.


Alors, finalement, où est la normalité ? Plutôt dans la douleur et la mort ou dans la force et la vie ? Et comment permettre à ces deux groupes de se rencontrer ?


Peut-être déjà en modifiant ce qu'elles se transmettent ? En commençant par voir un film comme « Entre leurs mains » ? En quittant le cercle des informations toujours alarmantes pour se plonger dans d'autres plus sereines ? En reprenant confiance en elles, c'est sûr. 

Les femmes ont un rôle à jouer pour y parvenir. La société également en acceptant de remettre en cause la vision qu'elle véhicule de l'accouchement. Le monde médical encore plus en pesant « réellement » les bénéfices-risques de leur pratique.



Pour aller plus loin : 

mardi 10 juin 2014

Faillible

Elle m'attend tout sourire dans la salle de consultation, assise sur la chaise à côté du bureau, son dossier personnel sur les genoux et le dossier médical de la maternité qui m'attend lui, sagement, sur le bureau. 

Je rentre avec le sourire, je me présente, lui demande comment elle va et ce qui l'amène en ces lieux en cette belle journée d'été. Elle me parle de ces contractions débutantes qui commencent à lui faire mal mais ne sont pas encore très rapprochées. C'est son premier, elle ne sait pas très bien si c'est le bon moment. Je la rassure d'un sourire et lui dis que nous allons faire le point ensemble. 

Mais avant, je vais jeter un oeil à son dossier, voir s'il y a des infos dont je devrais avoir connaissance pour la prendre en charge du mieux possible. J'ouvre la première page, lis cette unique phrase inscrite en rouge et là, mon coeur et mon esprit se ferme : je ne peux pas, je ne pourrai pas m'occuper d'elle ! 

Elle ne se rend compte de rien, toute concentrée qu'elle est sur une contraction qui vient en elle mais il y a un cataclysme en moi. 

Dans ma carrière, je me suis indifféremment occupée de toutes les femmes qui m'ont été confiées, des jeunes et des moins jeunes, des pauvres et des riches, des "propres" et des "moins propres", quelle que soit leur couleur de peau ou leurs convictions politiques ou religieuses. Mais elle, non, je ne pourrai pas. Cette unique phrase en rouge a verrouillé mon cœur, me plongeant dans une blessure très vieille mais pas encore cicatrisée et qui ne le sera peut-être jamais.

Ce n'est pas sa faute, ce n'est pas la mienne. Juste celle d'un passé, d'une souffrance d'enfance qui a balayé ma vie et m'a propulsée dans le monde des adultes beaucoup trop tôt. 
Une peine qui, malgré mon professionnalisme et mon désir réel d'aider cette patiente, est bien trop vive encore. Je ne pourrai pas l'aider. Je risque au contraire de lui faire du mal, malgré moi. Elle ne mérite pas ça. Elle n'a rien fait pour ça. Elle n'est qu'une jeune femme sur le point de devenir mère et qui a fait un choix personnel. Un choix que je ne devrais pas juger. Un choix qui ne devrait pas avoir d'impact sur ce qu'elle va vivre dans les heures ou les jours qui viennent. 

Mais je ne le peux pas. C'est plus fort que moi. 

Alors, tentant de conserver malgré tout un sourire avenant, je quitte la pièce, tremblant de la tête aux pieds et vais transmettre le dossier à ma collègue. Collègue qui connait mon histoire, mon vécu et qui sans un mot mais avec un sourire comprend ce qui se passe. Et qui va rencontrer sa nouvelle patiente. 

Lorsqu'on est un professionnel de santé, on se doit de rester neutre, de prendre soin de chacun de ses patients en leur offrant le maximum, dans le respect des dernières connaissances de la médecine. 

Lorsqu'on est un professionnel de santé, on se doit d'entendre les demandes des patients et d'y répondre avec objectivité, sans que nos propres sentiments, avis personnel ou vécu n'interviennent dans cette prise en charge. 

Lorsqu'on est un professionnel de santé, on se doit de prendre en charge tous les patients avec le même professionnalisme, sans distinction pour leur couleur de peau, leur religion, leur conviction politique, leur compte en banque. 

Mais être un professionnel de santé, c'est également être un être humain, avec ses failles et ses faiblesses. 
Alors, être un professionnel de santé, c'est dans ces cas-là, savoir s'arrêter avant de mal faire et passer la main. 

Parce que si nous sommes faillibles, nos patients n'ont pas pour autant à en pâtir.

lundi 2 juin 2014

Une journée si ordinaire...

La garde débute à 7h30 dans la Grande Usine. La garde pour les sages-femmes, pas la journée des femmes qui, elle, a commencé bien plus tôt.

5h du matin pour les patientes césarisées de la veille, les dames nécessitant un bilan sanguin. 5h du matin, c'est l'heure des retraits de sondes urinaires, l'heure des prises de sang dont les résultats doivent OBLIGATOIREMENT être récupérés avant le staff de 8h. 
5h du matin, c'est également l'heure où les bébés dorment enfin, après parfois de nombreuses heures de pleurs, de marche dans le couloir, de câlins et de mots apaisants pour ces petits êtres perdus dans ce nouveau monde.
5h du matin, c'est également l'heure où les mamans dorment enfin du sommeil du juste, du sommeil réparateur, de ce sommeil qui est si indispensable pour assurer les journées et les nuits qui les attendent. 
Mais qu'importe, 5h du matin, c'est l'heure des retraits des sondes urinaires et des prises de sang. 

6h20 du matin, c'est ensuite l'heure des petits-déjeuner. Plus ou moins copieux en fonction du nombre de patientes dans le service ce jour-là, toujours à une heure où les femmes et les enfants n'ont qu'une envie : dormir !

Puis à partir de 7h, c'est la valse des intervenants : le ménage des chambres, la réfection des lits, le sacro-saint bain du bébé. Dois-je répéter que c'est toujours l'heure où femmes et enfants ne demandent qu'une chose : dormir ?

A 8h, le staff débute pour les sages-femmes, médecins, internes, étudiants... Etude des partogrammes : le travail a-t-il été harmonieux, pas trop long, pas trop court ? Pourquoi le syntocinon n'a-t-il pas été branché plus tôt ? Pourquoi a-t-on attendu que la péridurale soit posée pour rompre la poche des eaux ? Pourquoi a-t-elle poussé aussi longtemps ? ... Beaucoup de questions dont finalement les réponses importent peu. De toute façon, les sages-femmes de la nuit sont déjà parties dormir, comment pourraient-elles y répondre ? 

8h30, le tour de garde avec l'obstétricien, uniquement pour les patientes présentant des pathologies. Vite fait, bien, fait, le médecin, l'interne, l'externe, la sage-femme, l'élève sage-femme, la cadre du service. Tout ce petit monde pour regarder une cicatrice, palper un utérus... et analyser les résultats des prises de sang. 

9h, vient le ballet de la sage-femme, qui doit trouver sa place dans la chorégraphie des intervenants : le sol est mouillé ? Je repasserai plus tard. Vous donnez le bain ? Je repasserai plus tard. Vous donnez le sein ? Je repasserai plus tard... A moins que, quoi, vous aimeriez que je regarde la tétée ? Attendez, je rentre mon chariot-char d'asseau, je regarde. Vous êtes sous la douche ? Vous en avez pour longtemps ? Je vous attends ou vous préférez que je repasse plus tard ? 
C'est bon, vous êtes prête, je peux venir vous examiner ? Non, non, ne vous déshabillez pas complètement, je vais d'abord prendre votre tension puis seulement après je regarderai votre poitrine. Votre slip ? oui, voilà, maintenant, mais vous pouvez remettre votre soutien-gorge d'abord, il n'y a pas d'urgence. 
Ah, désolée, le téléphone sonne. "Allo ?" d'une main quand l'autre tente de rabattre un drap pudiquement, le temps d'une conversation qui ne devrait pas avoir lieu dans cette chambre. "Je reviens, j'essaie de faire vite". Pas assez vite, "où en étions-nous ?".
Des douleurs ? des questions ? des craintes ? je vous écoute. Enfin, si ce téléphone veut bien arrêter de sonner. 
L'allaitement ? oui, appelez-moi à la prochaine tétée, on verra ensemble pourquoi vous avez mal, comment prend ce petit gourmand. 
Vous souhaitez sortir aujourd'hui ?  Comment est la courbe de poids ? Vous vous sentez prête à rentrer chez vous ? Vous connaissez la rééducation du périnée ? Vous savez qui consulter pour votre visite post-natale ? Vous désirez un moyen de contraception ? Ah, vous souhaitez que j'en parle avec votre compagnon ? D'accord, appelez-moi quand il sera là.
Je dois faire une prise de sang à votre bébé. Avez-vous des questions sur les examens qui vont être faits ? Avez-vous signé la feuille de consentement ? Tenez, on va lui mettre les mains bien au chaud, comme ça, la prise de sang sera très facile. Est-ce que ça va lui faire mal ? Peut-être un peu, mais on va lui donner du sucre à boire et vous verrez, avec notre technique, ça ne dure que quelques secondes. 

Quoi ? La dame a fait un malaise dans la douche ?? Je vous laisse madame, n'hésitez pas à m'appelez si nécessaire. Courir dans les couloirs. Retrouver la patiente blanche comme un linge : "trop fatiguée, il a pleuré toute la nuit, je suis épuisée." Allongez-vous madame, voilà, je vous prends la tension. Oui, c'est dur les nuits. Oui, parfois, on se sent impuissantes. N'hésitez pas à lui dire. Il a du mal à prendre le sein ? Appelez-nous, on vous aidera. Mais oui, vous avez le droit de pleurer. Mais oui, ce n'est pas comme vous l'aviez imaginé. Vous serez aidée à la maison ? Vous êtes entourée ? N'hésitez pas à passer la main si vous sentez que vous en avez besoin. Passer au biberon serait plus simple ? C'est vous qui voyez mais vous savez, ce qui est difficile, ce n'est pas d'allaiter ou non, c'est surtout de vivre au rythme d'un nouveau-né. Courage, cela ne dure pas. Toute chose a un fin même si là, aujourd'hui, vous avez l'impression que le temps s'est arrêté. Vous verrez, chez vous, ce sera déjà différent. Vous pourrez prendre vos marques, ne pas être tributaire du rythme de l'hôpital ? Vous avez une sage-femme libérale qui puisse passer vous voir à votre retour ? Souhaitez-vous que je demande à une puéricultrice de la PMI de passer également ?
Ah, on m'appelle. Je dois vous laissez, cela va aller ? Je repasse vous voir dans l'après-midi, d'accord ?

Le bébé à piquer ? Ah oui, j'arrive. 
Le labo au téléphone ? Ah oui, j'arrive. 
La psy qui souhaite me parler ? Ah oui, j'arrive. 
La PMI en ligne ? Ah oui, j'arrive. 
Le 115 pour l'hébergement d'urgence ? Ah oui, j'arrive. 
La dame à descendre au bloc opératoire ? Les brancardiers ne sont pas là ? Ah oui, j'arrive. 
Les papiers à donner pour que la dame rentre chez elle et que les filles puissent refaire sa chambre, ça bouchonne en salle d'accouchement ? Ah oui, j'arrive. 
La dame en réa dont il faut palper l'utérus ? Ah oui, j'arrive.
Le mari de la dame est là, c'est bon pour la traduction, tu viens ? Ah oui, j'arrive. 
Le self ferme dans 10 min, il est 13h50, tu viens manger ? Ah oui, j'arrive... ou pas.

Le staff de 14h avec les auxiliaires de puériculture, la psychologue, l'assistante sociale, la cadre du service. La courbe de poids n'est pas bonne ? Elle te parait jaune ? Le bilan n'est pas bon ? Elle veut passer au biberon ? Elle tire son lait et elle a mal ? Comment va le petit en néonat ? La maman pleure ? Elle veut rester un jour de plus pour assister au baptême du bébé en réa ? Ils vont arrêter les soins dans deux jours et elle doit partir demain ? La pouponnière passera prendre le petit bébé X demain ? La maman est-elle prête ? Le psy est passé ? C'est un gros déni de grossesse ? 

15h : heure des coups de fil en tout genre : PMI, psy, radiologie, pédiatre...
16h : retour vers les patientes. Bonjour messieurs, bonjour mesdames, puis-je vous demander de sortir le temps de parler à madame ? Oui, promis, cela ne durera que le temps nécessaire. Oui, les enfants aussi sont priés de sortir. Oui, vous aussi madame la grand-mère. Non, monsieur, vous, vous pouvez rester si votre compagne le souhaite. Un chocolat ? C'est gentil, merci. 

Retour des patientes césarisées ce jour : comptage des perfusions, réfection de pansement si nécessaire, petite toilette pour être un peu mieux, essai de mise au sein, anti-douleurs... 
Signe clinique intrigant : appel de l'interne. On verra... 

Dossiers à remplir, feuille de transmission à préparer pour la collègue de nuit.
Toujours les sonnettes, toujours les coups de fil. 

De nouveau la relève. Ne rien oublier même si on ne rêve que de rentrer chez soi. Passer la main en insistant sur cette patiente fatiguée, douloureuse, ce ventre ballonné qui nous inquiète. 

"Bonsoir madame, je suis la sage-femme de nuit".
Non, monsieur, vous ne pouvez pas rester dormir ici. Non, mesdames, les visites c'est jusqu'à 20h, pas plus tard. Vous avez besoin de quelque chose pour la nuit ?
La nuit vous fait peur ? Parlons-en. Et n'hésitez-pas à nous appeler si nécessaire. 
Vous avez toujours mal au ventre, aux points, aux bouts de sein. Montrez-moi ça, on va voir comment tenter de vous soulager. 
Vous voulez passer au biberon ? Vous regrettez de ne pas avoir donné le sein ? Rien n'est définitif, on va en parler. 
Ce ventre est toujours ballonné ? Cela ne me plait pas, je vais appeler l'interne. Quoi ? Tu penses que c'est rien. Mais je te dis que ce n'est pas normal. Ok, ok, je ne suis que sage-femme. 

La nuit qui s'écoule, lentement, au rythme des sonnettes et des pleurs, avec l'arrivée de nouvelles patientes. Essayer de poser ses jambes. Ne pas s'endormir devant l'ordinateur. Ne pas céder à la tentation du biberon donné à 3h du matin pour apaiser l'enfant et la mère. 

5h, l'heure des prises de sang et des retraits de sonde. "Pardon, je suis désolée de devoir vous réveiller. Oui, je sais, vous dormiez bien et elle aussi."
5h, l'heure du coup de fil à l'interne : "elle est vraiment pas bien, je veux que tu passes la voir. Non, ça ne peut pas attendre le staff de 8h. A quoi je pense ? A un syndrome d'Ogilvie. Je te dis de venir."

7h30 : l'heure de la relève. Tout recommence.

A oui, on va redescendre cette patiente en salle de réveil. Syndrome d'Ogilvie, oui.

dimanche 25 mai 2014

A celles qui ne fêtent pas les mères

Aujourd'hui, en France, nous fêtons les mamans.
Aujourd'hui, dans de nombreux foyers, des enfants vont réciter des poésies apprises à l'école et offrir des cadeaux faits par leurs petites mimines de tout leur cœur.
Aujourd'hui dans de nombreux salons, des adultes vont se retrouver avec leurs parents, bouquets de fleurs (ou non) à la main. 

Avec des envies d'amour, de réconciliation, des regrets ou des rancœurs, un sentiment d'obligation ou d'indifférence...

La fête des mères, cette fête qui peut à la fois faire fondre nos coeurs et les endurcir, nous porter vers l'allégresse comme vers la peine. 
Parce qu'il y a des fêtes qui ne peuvent que réveiller nos souffrances plus ou moins enfouies. 

Parce qu'il y a des fêtes que certaines femmes souhaiteraient ne jamais voir venir sur leur calendrier. Celles qui n'ont plus de mère, celles qui souhaiteraient ne plus avoir CETTE mère, celles qui rêvent tellement de devenir mère, celles qui sont malheureuses d'être mère...

Il y a celles qui ont perdu leurs repères, qui découvrent la maternité sans personne pour leur tenir la main, pour les rassurer.
Celles qui vont avancer dans le noir et finalement, créer leur propre lumière. Celles qui trouveront la force en elle... ou craqueront en appelant à l'aide d'autres personnes. 
Celles qui pleureront lorsqu'elles se rendront compte qu'elles n'ont personne pour raconter des anecdotes de leur propre enfance à leurs enfants.
Celles qui allumeront des bougies pour les grand-mères absentes... et tenteront de les faire connaitre à des enfants en demande.

Il y a celles qui souffrent en silence et celles qui osent taper du poing sur la table (ou sur leur smartphone) pour crier au monde leur tristesse. 
Celles qui sont résignées et celles qui ne veulent jamais perdre espoir, même quand la médecine a, elle, baissé les bras. Celles qui se demandent encore et toujours "pourquoi ?" et qui n'auront jamais de réponse satisfaisante.
Celles qui restent heureuses malgré tout d'apprendre des naissances ailleurs que dans leur maison et celles qui n'en peuvent plus. Celles qui préfèrent se protéger, celles qui ne veulent plus avoir à éviter. Celles qui se replient sur elles pour ensuite mieux s'ouvrir au monde.

Il y a celles qui ont été mères mais n'ont jamais réussi à s'y faire. Celles qui n'ont pas pu, ou voulu garder ces enfants. Et qui vivent, survivent - ou non - avec cette absence.
Celles qui ne l'ont été que trop brièvement et qui souffrent toujours dans leur corps, dans le cœur, de cette absence insupportable.
Celles qui ont dû prendre des décisions déchirantes en renonçant à donner la vie... en ne donnant que la mort. Celles qui n'ont pas eu le choix, le destin ou d'autres ayant choisi pour elles.

Chacune d'entre elles fait comme elle peut, comme elle veut et essaie de trouver son chemin.
Et nous, sages-femmes, nous les rencontrons toutes et toutes, nous ne pouvons que tenter de les accompagner sur leur propre chemin.

Alors, aujourd'hui, plutôt que de tourner mes pensées vers toutes ces mamans que j'ai rencontrées, je vais porter mon attention à toutes ces femmes qui souffrent de l'absence, de cette absence, de ces absences, si brulantes, si déchirantes, si impossibles à oublier. Comme cela l'est pour moi.

mercredi 14 mai 2014

Des femmes et des sages-femmes

Lorsque j'ai changé de maternité, passant de ma petite Maternité Adorée de niveau 2 (2000 accouchements par an) à ma Grosse Usine de niveau 3 (4500 accouchements par an), j'ai dû repartir de zero. 

En effet, il y a des métiers où l'on considère qu'un diplôme associé à un certain nombre d'années d'expérience sont suffisants pour justifier du "sérieux" d'un professionnel. En tant que sage-femme, je n'ai jamais ressenti cela. Autant quand j'étais élève, je pouvais comprendre et accepter de devoir faire mes preuves à chaque début de stage. Après tout, les écoles sont toutes différentes et les étudiants n'ont pas l'opportunité de pratiquer tous de la même manière. Mais cela a continué lorsque j'ai été diplômée, les collègues médecins ou sages-femmes restant méfiants sur cette "nouvelle sage-femme qui débarque". 

Le problème d'un tel comportement, outre le fait qu'il donne l'impression de toujours être "incapable d'être au niveau requis", c'est qu'il est aussi très castrateur. Si l'on est une sage-femme forte de ses convictions et de ses compétences et que l'on est en présence de collègues ouverts et accueillants, cela se passe sans souci. Pour peu que l'on soit un chouïa timide ou que les autres se sentent supérieurs à vous, cela devient vraiment difficile. 

Notamment lorsqu'on est soi-même une adepte du "respect de la physiologie" et que la maternité qui nous accueille est plutôt un temple de la pathologie et de la médicalisation. 

Je m'étais donc posé la question de "que faire ? Laisser parler mon instinct de sage-femme ou me couler dans le moule pour ensuite faire émerger ma vraie personnalité lorsque je me serai sentie plus assurée dans ce nouvel hôpital ?". Heureusement pour moi, la réponse est venue de la seule personne qui pouvait, qui devait me l'apporter : ma patiente. Ma première patiente lors de cette première garde dans ce tout nouvel environnement. Une primipare au travail fulgurant et qui était tellement "bien" sur le côté qu'elle m'a convaincue de la laisser ainsi. J'étais ravie, elle aussi même si un tantinet déboussolée par la puissance de ce qu'elle venait de vivre. Mais cela n'aurait-il pas été le cas dans n'importe quelle position ? 

Grâce à cette patiente, j'ai pu commencer à travailler dans ce nouveau poste en confiance, confiance en les femmes (mais cette confiance, je ne l'avais pas perdue) mais surtout confiance en moi, en mes capacités d'accompagnement, en mes possibilités de continuer à offrir aux femmes un accouchement le plus respecté possible malgré l'ambiance pro-médicalisation du lieu. Confiance également en mes capacités à m'imposer auprès de mes nouvelles collègues.
D'ailleurs, la collègue qui me "doublait" ce jour-là m'avait dit par la suite avoir été impressionnée par mon courage à entamer ainsi ma "carrière" chez eux. 

Cela m'avait rendu forte, prête à tout recommencer sur de bonnes bases. (Heureusement d'ailleurs car il m'a fallu dès le premier mois m'imposer également auprès d'une cadre tyrannique, aurais-je eu le courage de le faire si cette femme ne m'avait pas donné cette force ?)

Si les sages-femmes sont les fées penchées sur les berceaux des enfants, les femmes sont notre moteur, celui qui nous pousse à toujours nous dépasser, nous révéler.

Vous allez me dire : "Mais pourquoi évoquer ceci maintenant ?"

Pour cette raison : dans son billet, Laura Bodey évoque les difficultés qu'ont certaines sages-femmes à s'autoriser à proposer des positions autres que l'accouchement en position gynécologique à leurs patientes. J'avais moi-même évoqué cela il y a peu dans un billet.

Ces deux billets, associés à ce souvenir qu'ils ont réveillé en moi, m'ont fait prendre conscience d'une chose. 
En vérité, sans une femme, une sage-femme n'est rien. Nous sommes là pour être à leurs côtés, pour les soutenir, pour nous assurer qu'elles vivent un des actes fondateurs de leur vie dans la sécurité médicale et émotionnelle. Nous sommes là pour accueillir leurs enfants et nous assurer qu'ils vivent ce passage vers la vie dans les meilleures conditions possibles. 
Mais sans les femmes, nous ne serions que des techniciennes, de parfaits automates capables de lire des courbes, de calculer la dilatation d'un col, de pratiquer la réanimation d'un nouveau-né. 

C'est parce qu'une femme est capable de nous dire, de nous faire comprendre que dans telle ou telle position elle se sent mieux que nous allons pouvoir lui faire des propositions pour soulager sa douleur. 
C'est parce qu'une femme est capable de comprendre, de ressentir ce qui est bon pour son bébé à ce moment précis que nous pourrons l'accompagner dans un choix d'alimentation au sein ou au biberon. 
C'est parce qu'une femme est capable de nous dire quelles sont ses peurs (ou en tout cas, qu'elle en a) que nous pourrons essayer de la guider, de l'accompagner sur le chemin de l'apaisement. 
C'est parce qu'une femme est capable de reconnaitre que c'est difficile que nous pourrons être là pour la soutenir et l'aider à avancer. 
C'est parce qu'une femme est capable de nous dire ce qu'elle souhaite dans sa vie de femme, de d'épouse, d'amante, de mère, que nous pourrons l'accompagner tout au long de son suivi gynécologique.

Alors, mesdames, dites-le nous !!! 
Et que toutes ces sages-femmes qui sont marquées par l'ignorance, l'habitude, la peur, toutes ces sages-femmes qui n'osent créer de nouveaux sentiers à battre, toutes ces sages-femmes qui se sentent écrasées par le regard castrateur de leurs pairs sachent qu'elles peuvent le faire, qu'elles doivent le faire, pour vous, mais aussi pour elles !

jeudi 24 avril 2014

Donc, "tout est dans la tête" ?

Attention, en mode énervée !

Il semblerait que cette histoire de "point du mari", qui presque un mois plus tard soulève toujours autant les passions, devienne ce qu'elle devait être : un révélateur des maltraitances dont sont victimes les femmes et de la manière dont certains (oui, j'insiste sur le certains) les considèrent. 

Sur le fond, j'en suis plutôt ravie : la parole devait être libérée et les femmes devaient ouvrir les yeux. Les soignants aussi.

Mais certains semblent pourtant préférer insulter les femmes et mépriser une profession plutôt que de croire l'évidence. 

Ainsi, pour le grand Docteur Marty, président du Syndicat des Gynécologue-Obstétricien de France (quand même.... hein !), tout se passe "dans la tête des femmes" et il s'agirait d'un "fantasme qui éveille l'excitation". PARDON ??? Ai-je bien compris ? Ce que les femmes ayant été victimes de ce point (ou de toute suture d'épisiotomie désastreuse) recherchent, c'est une excitation ???
Les femmes seraient donc des "hystériques" cherchant à attirer l'attention sur elles, peu importe le nombre de sages-femmes (professionnelles médicales pour autant...) qui sont sorties du silence pour dénoncer ce geste. 
Et donc, il ne faudrait pas y accorder autant d'importance puisque "tout est dans leur tête". Quand on pense que ce grand docteur a justifié son refus de reconnaitre les sages-femmes à leur juste valeur par l'argument que "les femmes ne sont pas que des utérus, elles ont aussi des cerveaux", ça en devient franchement risible. 

Et plus encore que cela, cela démontre clairement la manière dont les femmes sont prises en charge... en tout cas par cet homme et par ses pairs : 
- si une femme souffre dans sa chair, dans sa zone la plus intime, dans une zone tellement "mystérieuse" pour les hommes qu'ils ont créé ce terme d'"hystérie" pour définir une névrose : névrose en lien avec l'utérus pour les non-hellenistes,  c'est forcément "faux", ce n'est pas une vraie douleur, tout se passe dans sa tête...
- si une femme souffre dans sa tête, c'est de toute façon négligeable puisque ça se passe dans sa tête.
Donc, si vous êtes une femme et que vous souffrez, ce n'est pas important. 

(Ok, ok, je caricature, mais quand même...)

Mais quand arrêtera-t-on de traiter par le mépris les femmes, ces femmes qui représentent quand même la moitié de l'humanité ??? 

Et puisque ce grand docteur n'est plus à un mépris (ni à une contradiction) près, alors qu'il clame que ce point du mari n'existe pas et n'est qu'un fantasme féminin, il est quand même capable de nous dire que "La chirurgie est du domaine de l'art, on peut penser que certains médecins ont eu l'idée qu'en modifiant un peu leur façon de suturer, ils amélioreraient un peu la sexualité, et ça, ça ne nous choque pas". Hum, ai-je bien lu ??? N'est-ce pas une manière comme une autre de reconnaitre l'existence de ce geste ??? 
Donc, ce grand docteur reconnait que certains pratiquent ce geste, mais que, comme c'est de l'art, ça ne le choque pas !! 

Oh, les femmes ont-elles donné leur accord pour être traitées comme un objet et pas comme un être humain ? Les femmes sont-elles de la glaise que l'on peut manipuler à l'envie ? Et si le résultat ne convient pas, on fait quoi ? On le jette comme un vulgaire brouillon ???

Mais comment peut-on mépriser quelqu'un à ce point ?

Notons également que ce grand docteur reconnait que certains médecins ont jugé que cela améliorerait la sexualité de leur patiente. Mais que savent-ils de la sexualité de cette patiente ? De cette femme qu'ils rencontrent probablement pour la première fois le jour de leur accouchement ? Qui sont-ils pour juger sur quels critères une sexualité doit être satisfaisante ? La sexualité des uns n'est pas celle des autres et chacun vit sa sexualité comme il le souhaite, tant que cela est fait dans le respect et avec le consentement de son/sa partenaire. En quoi un médecin peut-il se permettre de croire que l'on peut classer la sexualité comme on classerait l'efficacité d'un médicament ?

Enfin, le grand docteur ayant souhaité réagir aux remarques soulevées par ce premier article, je note quand même deux chose, puisqu'il se défend en disant ceci : "Il nous est apparu important de donner cette information à l'occasion de la polémique sur ce que certains ont voulu appeler "le point du mari", avec le souci que les populations masculines et féminines n'investissent pas trop dans des possibilités chirurgicales d'améliorer leur situation dans leur vie sexuelle. Les accouchées ne devaient pas craindre non plus qu'un geste au cours d'une réfection périnéale puisse avoir un effet négatif durable."
Intéressant de noter que ce qui lui pose souci dans cette polémique, c'est en premier lieu la crainte que les couples sollicitent les médecins afin d'améliorer leur vie sexuelle. Non, son souci n'a pas été de rassurer les femmes sur une pratique qu'il va tout faire pour éradiquer, non, non. Non, ce docteur ne veut pas que les couples le voient comme le "sauveur de leur couple" !!! 
Et en deuxième point, il ne fait jamais que nier les effets indésirables que pourraient entrainer une épisiotomie ou une suture mal faite. 
Mais comment peut-on oser dire de telles choses ???? 

Et comment cet homme, si intelligent, si diplômé, censé représenter l'ensemble des gynécologues-obstétriciens de France, n'a-t-il pas compris que cette polémique était également un cri du cœur à l'encontre de toutes les maltraitances dont sont victimes les femmes dans le milieu médical ? N'a-t-il pas vu que la notion de respect, d'information éclairée et de libre consentement sous-tendait toute la polémique liée au point du mari ? Non...